Comment gérer la peur de tomber en patinage ?

Comment gérer la peur de tomber en patinage?

Date : 31 mai 2026

Temps de lecture moyen : 25 minutes

> Avant de lire le texte, commence par évaluer ton niveau d’anxiété général par rapport au fait de tomber lors de ta pratique sur la glace, peu importe le contexte :


Sur une échelle de 1 à 10, où est-ce que tu te situe?

> Puis lis le texte et réponds à la question pour voir comment tu te situes alors sur cette échelle.

Bonne lecture!

*

Plan

I/ Normaliser la chute ou pourquoi tomber est utile et s’apprend ?

1) La peur, un mécanisme de survie inné

2) Pourquoi tomber fait peur ?

II/ Stratégies pour vaincre la peur de tomber en patinage

1) Mentalisation et défocalisation

2) Changer le rapport à soi et aux autres

*

Mots-clefs :

– Peur de tomber

– Patinage artistique

– Visualisation

– Confiance

– Rapport à soi

– Déconstruire les clichés

– Se détacher du regard des autres

– Focalisation

– Lâcher-prise

– Normaliser la chute

– Stress

– Blocage mental

– Perfectionnisme 






>  Aujourd’hui on déconstruit le mythe de la peur de tomber, ou plutôt on tend à le décontextualiser, à lui faire perdre sa valeur morale et le jugement que l’on porte à son égard. Car oui tomber n’est pas fatale mais au contraire, utile en soi pour progresser. 

INTRODUCTION

  Marre d’appréhender la glace avant même d’y avoir mis un pied ? Et si je tombe sur ce saut, que va dire mon entraîneur ? Et la honte que je vais avoir si je tombe en plein gala !! Tout le monde va se moquer de moi…Tiens-moi car sinon je vais tomber. ! Vous vous reconnaissez dans ces phrases ou avez entendu un ami, un parent, un élève les prononcer ? Et oui qui n’a pas d’appréhension face à la chute ? Car quel que soit l’âge et le niveau, chaque patineur a déjà plus ou moins ressenti au minimum une fois dans sa vie la peur de tomber. Certes les enfants ont moins d’appréhension et encore cela dépend des cas ! Tomber s’apprend et plus on commence tôt plus on intègre cette faculté à surmonter cette « peur ». Et encore, faut-il aussi être capable de la conserver malgré le temps et la pratique…

Explorons plus en détails ce concept de « peur » et voyons en quoi « tomber » ne devrait pas être vu comme une fatalité mais au contraire comme une force !

*

I/ Normaliser la chute ou pourquoi tomber est utile et s’apprend ?

> Qu’est-ce que la peur et que signifie-t-elle nous concernant ? Pourquoi se déclenche-t-elle dans certaines situations ou face à quelqu’un ou quelque chose qui vient éveiller en nous cette émotion ? C’est ce que nous allons étudier dans cette partie.

1) La peur, un mécanisme de survie inné

  • Définition de la peur

Une définition simple serait de décrire la peur comme une « émotion (voir mon article sur les émotions) qui accompagne la prise de conscience d’un danger, d’une menace. » (https://dictionnaire.lerobert.com/google-dictionnaire-fr?param=peur). Elle serait alors synonyme de crainte, effroi, épouvante, frayeur ou encore terreurLe corps et le mental identifieraient ainsi une situation, personne ou objet comme un danger potentiel sinon immédiat à leur survie. Émotion qui se traduit par des symptômes physiques pouvant aller du simple sursaut jusqu’à la paralysie totale. 

  C’est ce qu’exprime une autre définition complémentaire à la première, qui qualifie « la peur » d’ « état affectif plus ou moins durable, pouvant débuter par un choc émotif, fait d’appréhension (pouvant aller jusqu’à l’angoisse), et de trouble (pouvant se manifester physiquement par la pâleur, le tremblement, la paralysie, une activité désordonnée notamment) qui accompagne la prise de conscience ou la représentation d’une menace ou d’un danger réel ou imaginaire.(https://www.cnrtl.fr/definition/peur).

Fille apeurée

Image générée par l’IA.

 Cette définition est intéressante en soi car elle apporte l’idée que la menace ou le danger n’est pas forcément réel et concret. Autrement dit, ce serait une particularité du cerveau humain de créer mentalement des situations qui représenteraient une menace

Ce sont en tout cas les postulats des neuroscientifiques et psychologues concernant le fonctionnement du cerveau humain. 

   S’il apparaît en effet que la peur « serait un comportement hérité de nos ancêtres qui en auraient tiré profit pour se soustraire aux dangers mortels qui les menaçaient. Nous avons peur aujourd’hui de ce que nos ancêtres ont redouté » (https://medias.cerveauetpsycho.fr/api/v1/files/5a82a56e8fe56f4a5943c835?alt=file)

Aujourd’hui, les situations naturelles dangereuses et effrayantes sont rares (en tout cas dans les pays occidentaux). Et paradoxalement, même si les occasions d’avoir peur ont diminué, les sentiments de peur auraient augmenté. (idem).Pour reprendre les termes de l’anthropologue et éthologue, Irenäus Eibl-Eibesfeldt, « l’homme est peut-être la créature la plus craintive, car la peur élémentaire des prédateurs et des congénères hostiles s’ajoutent des angoisses existentielles. »(idem)

C’est la toute la complexité du cerveau humain qui « aime » se créer des situations de peur qui n’existent pas en soi. Et il s’agit là d’un réflexe que le cerveau humain a conservé au cours de son évolution. 

  Denise JODELET, dans, les « Dynamiques sociales et formes de peur », définit ainsi la peur comme « processus psychologique », un concept pour elle « flou, situé entre l’angoisse, la crainte et l’effroi au plan individuel, et entre panique et épouvante au niveau collectif »( https://shs.cairn.info/revue-nouvelle-revue-de-psychosociologie-2011-2-page-239?lang=fr) Pour elle, la peur « référerait dans l’opinion courante, à des situations représentant une menace pour l’intégrité physique (accidents, agressions physiques) ou psychologiques (échec dans des situations d’accomplissement, maladie, prise de risque) ou à des périls indirects (mort de personnes connues, surnaturel, action de forces extérieures). » (idem). En rappelant que l’usage du mot « peur » n’est pas considéré comme une émotion et est même absente des dictionnaires jusqu’au XVIIe s. car la notion renvoyait préalablement à des mouvements populaires associés au trouble et à l’agitation, tout ce qui était source de déstabilisation du pouvoir royal en quelque sorte. (idem). 

Cette idée est intéressante à considérer car elle nous apprend que « la peur » peut être instruite, faisant l’objet d’une construction sociale au sens large du terme. 

  Les neurosciences confirment cela par l’analyse des processus neurologique et hormonaux qui s’observent dans le cerveau de l’Homme.(ce que nous verrons par la suite). Les chercheurs ont pu démontrer que la « crainte » peut être instruite, « la complexité du cerveau humain permettant parfois de se passer de toute stimulation sensorielle externe ».( https://www.unige.ch/campus/numeros/105/dossier4/) Ainsi, à la « création » de la peur peut venir s’ajouter l’imagination. En d’autres termes, « à force de répéter la même assertion, le lien finit durablement par s’établir dans une région du cerveau que l’on appelle l’amygdale (voir 2)).(idem).

Ainsi, pour résumer, la peur serait une réaction « normale » sinon utile voire nécessaire à notre survie. Et ceci en tant qu’ « émotion universelle et primordiale, ancrée dans notre psyché ». (https://www.psychologies.com/Dico-Psycho/Peur). Et même, pourrait-on dire positive dans le sens où elle nous incite à réagir, à prendre des décisions face à une situation perçue comme risque potentiel car renvoie dans notre inconscient au   Là où la peur devient problématique et neutralisante, c’est lorsqu’elle s’installe durablement en nous et ne résulte pas d’un objet précis en particulier. Comme l’explique Philippe Fossati,  psychiatre à l’Institut du Cerveau et de la moelle épinière (ICM). Si la peur est « « inadaptée au contexte et excessive dans son déclenchement, son intensité ou sa durée ». On bascule alors vers l’anxiété, une « peur sans objet, intervenant dans des situations pourtant sans danger. Et lorsque l’anxiété s’installe durablement, on parle alors de dépression. (https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-peur-mise-anu#:~:text=La%20peur%20se%20manifeste%20à,être%20verbalisé%20chez%20les%20humains)

 Aussi, il faut bien distinguer la « peur » comme « réaction émotionnelle » passagère suite à un événement déclencheur ponctuel nous incitant à agir, de l’anxiété, angoisse , phobie ou encore dépression qui sont des états émotionnels durables ou qui apparaissent de façon chronique sans cause directe clairement identifiée et qui prend alors un tour pathologique..

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Différences entre peur/angoisse/anxiété/phobie : 

  • Angoisse : sentiment envahissant et intense, mais nous ne savons pas toujours précisément pourquoi nous sommes angoissés. Parfois, la menace physique est absente. L’angoisse est plutôt psychologique et s’accompagne d’une sensation de menace intérieure, qui n’est pas clairement identifiée.
  • Anxiété : souvent moins sévère que la peur. Générée par une situation difficile au quotidien, des craintes quant à l’avenir ou encore quelque chose d’irrationnelleSentiment, inquiétude et images négatives récurrentes. souvent chronique.
  • Phobie : peur intense, déraisonnable et persistante. Pathologique.

https://www.doctissimo.fr/html/psychologie/mag_2000/mag1020/ps_2765_kesako_peur.htm

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  • Comprendre les mécanismes physiologiques et neuronales à l’œuvre dans la création de l’émotion de la peur

> Objectif : comprendre comment la peur, en tant qu’émotion, se crée dans notre corps. D’où vient-elle ?

 A présent que l’on sait comment définir la peur, voyons comment cette émotion se crée dans notre corps, en particulier dans notre cerveau.

C’est du côté des neurosciences que l’on va se tourner pour comprendre les mécanismes neurologiques à l’œuvre dans le processus de création de l’état de peur, à la fois mentalement et physiquement. 

Observons de plus près le cerveau humain et intéressons-nous de plus près aux zones dites de la peur qui traitent les informations et envoient des signaux se concrétisant physiquement et mentalement par des réactions de peur. 


 C’est en particulier au niveau du cortex préfrontal, de l’hypothalamus, et du complexe amygdalien ou amygdale que ce situe ce que les scientifiques nomment le « circuit de la peur ».

Voyons en détail comment il s’active face à une situation perçue comme un danger.

 Tout d’abord, le sang va affluer dans certaines parties des lobes temporaux de l’encéphale. La partie inférieure du cortex préfrontal (voir image) s’active ainsi que d’autres « aires de la peur » situées de part et d’autre du diencéphale et dans une zone occipitale appelé le cortex extrastrié, qui participe au traitement des images produites par la vision. (https://medias.cerveauetpsycho.fr/api/v1/files/5a82a56e8fe56f4a5943c835?alt=file, p.62). 

  L’hypothalamus, impliqué dans la régulation de grandes fonctions vitales comme la faim, la soif, le sommeil, la température corporelle, le comportement sexuel et les émotions (https://institutducerveau.org/lexique/hypothalamus), va jouer un rôle dans l’apparition de la peur. Il commande en effet le système hormonal en commandant le système nerveux sympathique (voir article). Comme l’explique Alexandre Charlet, neuroscientifique à l’Institut des neurosciences cellulaires et intégratives du CNRS, l’hypothalamus sécrète l’ocytocine, l’hormone dite du bonheur et de l’attachement. Cette dernière « remplit de multiples fonctions, toutes tournées vers la survie de l’espèce : désir, reproduction, attachement, accouchement, mais aussi douleur et peur ». (https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-peur-mise-a-nu#:~:text=La%20peur%20se%20manifeste%20à,être%20verbalisé%20chez%20les%20humains))

  En cas de stress ressenti par l’individu, l’hypothalamus va libérer de « la corticolibérine ou CRF (cortico-releasing factor) qui stimule à son tour l’hypophyse et la libération d’hormone corticotrope (ACTH). Cette dernière agit sur les glandes surrénales qui libèrent du cortisol, l’hormone du stress, qui préparent ainsi l’organisme à se défendre. » (extrastrié, qui participe au traitement des images produites par la vision. (https://medias.cerveauetpsycho.fr/api/v1/files/5a82a56e8fe56f4a5943c835?alt=file, p.62).

Localisation de l'hypothalamus dans le cerveau.

Image générée par l’IA.

   Enfin, pour ce qui est de l’amygdale, cette structure cérébrale en forme d’amande impliquée dans le contrôle des émotions, (https://institutducerveau.org/lexique/amygdale), joue un rôle fondamental dans la perception des menaces qui débutent dans le thalamus* (https://institutducerveau.org/lexique/thalamus) et autres régions sensorielles. Une fois la menace perçue, l’amygdale va envoyer au cerveau des signaux d’alarme en libérant de l’adrénaline (https://institutducerveau.org/lexique/adrenaline-ou-epinephrine) et d’autres hormones du stress et en activant le système sympathique (voir article). Ces réactions préparent le corps à une réponse de « combat ou fuite ». (https://www.psychologies.com/Dico-Psycho/Peur)

*Thalamus :

Substance grise située à la base du cerveau en position intermédiaire entre le cortex et le tronc cérébral.Un des rôles majeurs du thalamus est de filtrer et de transférer au cerveau les informations sensorielles captées par nos sens (comme la vue, le toucher ou l’odorat).

  Ce qui est surprenant c’est qu’ « elle est capable de générer une réponse physiologique à un danger avant même que celui-ci ne soit perçu consciemment ». Cette particularité tient au fait qu’elle « possède le plus de connexions avec le reste du cerveau. » (https://www.unige.ch/campus/numeros/105/dossier4/)

Cerveau humain montrant les zones de la peur.

Source : PINTO Ana Margarida, « Ce qui se passe dans notre cerveau quand on a peur », The Conversation, 13 avril 2023,, https://theconversation.com/ce-qui-se-passe-dans-notre-cerveau-quand-on-a-peur-203588

  • La mémorisation de la peur : le rôle de l’hippocampe

> Pourquoi certaines situations nous font plus peur que d’autres, et pourquoi certaines personnes ont peur de choses, événements ou personnes quant d’autres ne ressentent aucun stress à leurs égards ? La réponse trouverait son origine dans l’hippocampe, cette structure paire cérébrale impliquée dans la mémoire, l’attention et la navigation (https://institutducerveau.org/lexique/hippocampe). Voyons cela un peu plus en détail…

 Une autre ingéniosité du cerveau humain à son siège dans cette partie du cerveau qu’est l’hippocampe qui va stocker de manière inconsciente les messages de menace(s) vécue(s) par l’individu à un moment donné au cours de sa vie. En étroite connexion avec l’amygdale, et lorsque nous rencontrons une situation de peur similaire ou par la remémoration d’un souvenir traumatisant, l’hippocampe va récupérer le souvenir qu’elle avait stockée pour nous permettre de reconnaître la menace.(https://theconversation.com/ce-qui-se-passe-dans-notre-cerveau-quand-on-a-peur-203588).

Ce mécanisme explique la survivance chez l’individu de stress post-traumatique à la suite d’un événement douloureux vécu auparavant. Une sorte « d’empreinte neuronale » va se créer dans le cerveau par un renforcement des connexions neuronales en cas de stimulation intense de l’amygdale (https://medias.cerveauetpsycho.fr/api/v1/files/5a82a56e8fe56f4a5943c835?alt=file, p.65)

 Stéphanie Khalfa, chercheuse au labo de neurosciences sensorielles et cognitives, explique ainsi qu’en « cas du stress post-traumatique, la peur ne s’éteint plus. Le cortex préfrontal ne peut plus jouer son rôle de régulateur auprès de l’amygdale. ». Anatomiquement, on observe une diminution progressive de la densité de matière grise (zone du système nerveux où se trouvent les noyaux des neurones). https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-peur-mise-a-nu#:~:text=La%20peur%20se%20manifeste%20à,être%20verbalisé%20chez%20les%20humains).

 Ainsi, la remémoration d’un souvenir peut-elle provoquer une réponse émotionnelle déclenchée par l’amygdale. Des flash-back peuvent survenir à tout moment même si le contexte n’est pas celui du traumatisme. (idem)

  Ainsi, comprendre l’ensemble des mécanismes neurologiques et hormonaux à l’œuvre dans la création et la mémorisation, même inconsciente, des émotions de peur, nous permet de pouvoir prendre du recul sur notre propre relation à nos peurs. Car, pour reprendre les mots du neurobiologiste, Joseph LeDoux de l’Université de New York, « notre cerveau est particulièrement efficace lorsqu’il s’agit de mémoriser des stimulus liés à des dangers, de les conserver durablement et de les utiliser de façon automatique lorsque le danger survient à nouveau, mais cette capacité à un coût : nous sommes la proie d’angoisses bien plus nombreuses que les dangers potentiels rencontrés dans notre vie quotidienne de le nécessiteraient. » (https://medias.cerveauetpsycho.fr/api/v1/files/5a82a56e8fe56f4a5943c835?alt=file, p.66)

2) Pourquoi tomber fait peur ?

> Après avoir vu comment se crée et s’ancre l’émotion de la peur dans notre cerveau, il est temps de passer à notre sujet principal qu’est la peur de tomber. Pourquoi, dans le cas du patinage, cette peur existe-t-elle plus qu’ailleurs ? Que nous indique-t -elle sur notre façon de penser, notre rapport à nous-même et aux autres ? A quelles autres émotions et/ou peurs renvoie-t-elle ? Qu’est-ce qui se cache derrière cette peur ? C’est justement cela que nous allons voir ici.

« Je n’arrive plus à lancer mon saut, mon corps se bloque. », « Je panique avant de sauter ». Ou encore « Je réfléchis trop ! ». Combien de fois avez-vous déjà prononcé ou penser ces phrases ? Vous vous dites que vous êtes seul(e) dans ce cas-là, que vous êtes nul(le), vous vous sentez ridicule après chaque tentative ou entraînement. Vous perdez confiance et votre motivation diminue au fil des jours ou semaines…

Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul(e) dans cette situation !! Loin de là. Comme expliqué au début, la sensation de peur et de crainte est NORMALE, sinon UTILE à votre progression, que vous le croyiez ou non.

  • Voyons à présent pourquoi dans telles situations qui se présentent à vous sur glace, surgit la peur de tomber

  La peur étant un réflexe inné inscrit dans notre psyché pour survivre, il est normal que face à la probabilité de la chute, d’autant plus dans un environnement glissant envoyant à votre cerveau des signaux d’inconfort et d’instabilité (l’homme n’étant pas « fait » pour vivre sur de la glace), votre cerveau crée l’émotion de peur. Rien de plus normal pour un individu de réagir ainsi pour se protéger et éviter de se faire ou d’avoir mal. Il en est de la survie de l’intégrité corporelle et de la santé physique !

  Comme vu précédemment également, la peur de se refaire mal, dans le cas d’une chute passée traumatisante, peut aussi expliquer neurologiquement la permanence de la peur de tomber. Car face à une situation similaire vécue auparavant, le cerveau envoie un signal d’alarme nous rappelant le danger vécu et subi. Ce qui déclenche chez nous des symptômes similaires à ceux vécus antérieurement même si la menace n’est ni concrète ni réelle, sinon seulement potentielle.

   On peut aussi avoir peur de tomber du fait de l’incertitude quant aux conséquencesOn ne peut avoir peur que de ce que l’on ne connaît pas. C’est pourquoi, plus on tombe en apprenant à tomber durant l’apprentissage, plus la peur de tomber se dissipera. On fera comprendre à notre cerveau que la chute n’est pas une si grande menace en soi. Qui d’ailleurs ne sait pas fait plus mal par faute d’inattention, en étant à l’arrêt sur glace, ou même le plus souvent en dehors de la glace ? Souvent, on se fait une montagne de films dans notre tête pour des choses ou faits qui ne devraient pas méritées autant d’attention. Mais simplement parce qu’on aura peut-être vu d’autres personnes se faire mal sur les réseaux, lors de compétitions, en cours ou à la télévision, que notre cerveau associera immédiatement le patinage à la chute ou la blessure alors quel celle-ci n’a lieu que dans de faible pourcentage de cas par rapport aux nombres d’heures d’entraînements passés sur glace. C’est exactement comme la conduite. Ce n’est pas parce que vous conduisez que vous aurez obligatoirement un accident ! Le risque est d’ailleurs le plus souvent là où on ne le pense pas. Savez-vous par exemple que les principaux risques d’accidents mortels se révèlent être d’origine domestique ? En France, près de 20 000 personnes en meurent chaque année, soit près de cinq fois plus que les accidents de la circulation !! (https://www.securite-routiere.gouv.fr/actualites/bilan-definitif-de-laccidentalite-routiere-en-2025)(https://www.maif.fr/enseignants/eduquer-prevention/accident-vie-courante/ https://www.sdis38.fr/61-les-accidents-domestiques.htm)

Ça laisse à réfléchir… Et si vous n’êtes pas encore persuadé(e), cherchez les 10 premiers sports les plus dangereux au monde ! …

La quatrième raison de cette peur est liée aux peurs sous-jacentes qu’elle sous-tend. La peur de tomber peut en effet renvoyer inconsciemment à d’autres peurs, et valeurs auxquelles elle est associée de manière négatives. Souvent, « tomber » est associé à l’échec, à «l’incapacité », à « l’arrêt », à la « faiblesse », au manque de force, au « renoncement etc…Valeurs mises à mal dans notre société occidentale actuelle et d’autant plus dans le monde du sport et du patinage, où la mentalité de battant, de courage, de persévérance, de force, etc..sont promus et même exigés de la part de l’athlète, et ceci, d’autant plus si on fait de la compétition ! Derrière cette peur de tomber peut se cacher celle de ne pas savoir comment réagir, de nous sentir vulnérable, faible. Nous pouvons avoir peur de ne pas savoir comment gérer correctement une situation, de perdre le contrôle ou de souffrir. Toutes ces peurs et valeurs avec lesquelles on aurait grandi car inculquées durant notre enfance et adolescence, que ce soit dans le cercle familial ou scolaire.

  Une peur qui peut aussi s’affirmer davantage avec le temps et le passage entre l’enfance et l’adolescence, période pendant laquelle on a besoin de se sentir soutenu(e) et valorisé(e) dans sa recherche d’identité La comparaison avec les autres, les amis, ne pas décevoir les copains, les copines, l’entraîneur, les parents…bref, ces moments où on veut être un modèle où se sentir regardé(e), dans l’attente de considération. 

  La chute peut alors être vu comme un frein dans cette recherche d’identité et d’image de soi.

Enfin, pour ce qui est des adultes, la peur de la chute se comprend différemment. Souvent, l’âge et la prise de recul du fait de l’expérience de la vie, familiale, scolaire, professionnelle ou personnelle, vont accentuer la peur de se faire mal. Les adultes réfléchissent davantage et se laissent aussi envahir par leurs trop plein de responsabilités. Mère et père, vie professionnelle, etc…la peur de tomber est simplement due à la peur de ne plus pouvoir les assumer. Ou bien les conditions et soucis physiques dus à l’âge restreignent les capacités et freinent forcément la pratique par peur de se (re)faire mal, ce qui est totalement légitime.

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RESUME des raisons pour lesquelles on a peur de tomber en patinage :

  • Peur de se faire mal
  • Peur de se « refaire mal », souvenir d’une chute « traumatisante ».
  • Incertitude quant aux conséquences, c’est pourquoi, plus on tombe durant l’apprentissage, plus la peur de tomber se dissipe (on fait comprendre à notre cerveau que la chute n’est pas une si-grande menace en soi).
  • Le cerveau lutte pour sa survie
  • Peur d’être ridicule
  • Parce « tomber » est associé à « l’échec », à « l’incapacité », à « l’arrêt », valeurs « faibles » et dévalorisées dans la société actuelle. Peur de tomber associée aussi à la perte de contrôle. D’autant plus dans le sport et le patinage en ce qui nous concerne, où les valeurs de persévérance, de force, d’équilibre, de combativité sont grandes, d’autant plus si on fait de la compétition.
  • Souvent résonne avec notre vécu, notre histoire, les valeurs acquises durant l’enfance et l’adolescence, dans le milieu scolaire et familial.
  • D’autant plus présent chez les adolescents dont l’image de soi se construit et s’affirme davantage (ne pas décevoir les « copains », etc)
  • Également présent et surtout chez les adultes et seniors pour des raisons physiques (peur de se faire mal à nouveau, incapacité ensuite pour travailler, ostéoporose, arthrite et autres problèmes). Parce que les adultes réfléchissent trop et beaucoup plus (recul).

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II/ Stratégies pour vaincre la peur de tomber en patinage

Arrivés à cette partie, nous sommes donc capable de répondre à ces questions :

  1. Qu’est-ce que la peur et comment émerge-t-elle dans notre corps et notre cerveau ?
  2. A quoi renvoie ma peur de tomber ou pourquoi ai-je toujours peur de tomber en patinage ?

> Maintenant il est temps de connaître les stratégies à mettre en place pour vaincre ou apaiser cette peur. 

1) Mentalisation et défocalisation

® Objectif apprendre à notre cerveau à ne pas créer des émotions et symptômes associés à la peur face à une situation ou objet considéré auparavant comme « cause de la peur ». 

® Se convaincre par soi-même qu’une situation ou objet n’est pas à craindre. 

Cet objectif va passer par le fait de comprendre :

  1. Pourquoi j’ai peur (quels sont les valeurs et maux concrets que je mets derrière cette situation/ cet objet)
  2. Comment la peur se crée dans mon cerveau (important pour comprendre que la peur est physiologique et neuronale, une réponse « normale » chez les êtres vivants)
  3. Savoir gérer/doser la peur en sachant qu’elle est utile à mon apprentissage, renforce le courage et la force ainsi que la confiance en soi.

Toutes ces phases doivent passer par un travail de mentalisation consciente de ces affirmations. Prise de recul et analyse personnelle sont les clefs vers l’apprentissage de soi-même et de ses propres peurs.

La défocalisation quant à elle est une autre méthode, complémentaire, qui consiste à visualiser un ou des autres objectifs ou axes d’attention. Comme s’il fallait changer intentionnellement votre point de vue, pour ne réduire la peur de tomber qu’à un simple élément dans votre objectif final. Se concentrer sur un autre objectif ou élément en le rendant tellement important à vos yeux que la peur de la chute ne prendrait presque plus de place dans votre cerveau et votre attention.

Dans ce dernier cas, listez vos forces et objectifs en patinage et dans votre vie personnelle peut être un moyen pour renforcer votre estime et votre confiance.

Vous pouvez aussi tenter de visualiser votre saut ou autre élément dont vous appréhendé la chute, et vous voir en train de le réussir. Et ceci plusieurs fois, par exemple chez vous avant de dormir (car le cerveau va enregistrer davantage durant le sommeil), ou avant chaque entraînement. N’oubliez pas que le cerveau est un muscle. Donc comme en sport, plus vous vous entraîné plus ils performent. La répétition plus que l’intensité est gage de réussite!

Podium en patinage. Réussir malgré les épreuves et difficultés

Image générée par l’IA

2) Changer le rapport à soi et aux autres

Enfin pour terminer avec cette partie, nous allons voir en quoi changer le rapport à soi et aux autres peut être aussi un excellent moyen de ne plus redouter la chute!

Il est important à ce stade de comprendre qu’il ne sert à rien de forcer à faire comme les autres pour montrer qu’on est comme eux ou meilleur(e). La comparaison n’a jamais été un facteur de réussite en soi. Plus vous resterez vous-même avec vos qualités et vos défauts (car on en a tous!), plus vous serez et agirez en accord avec vous-même. Et c’est ce qui vous rendra le plus heureux du monde! Souvent la solution se trouve dans la simplicité, et surtout en vous-même!

Ignorer la peur ne vous fera pas ne plus avoir peur. C’est justement dans sa prise de conscience et pourquoi vous avez vraiment peur (en faisant tout le travail préalablement décrit), que vous pourrez réussir à la surmonter, du moins en partie si ce n’est totalement. Soyez à l’écoute de vous-même avant tout! Et arrêtez d’agir pour les autres. Vivez déjà pour vous-même, votre corps vous remerciera!

Voici quelques pistes de travail à faire pour retrouver confiance et ne plus avoir peur :

  1. Apprentissage des gestes et techniques de patinage qui permettent au fur et à mesure de la pratique de gagner en solidité et confiance en soi. Faites confiance à votre entraîneur!
  2. Apprendre à tomber le plus possible, sans que cela devienne non plus un réflexe, mais pour faire comprendre à notre cerveau que la chute n’est pas « grave » en soi.
  3. Savoir que plus on patine dans le lâcher-prise, le relâchement (tonicité mais relâchement mental et souplesse du corps) des tensions, avec de la vitesse et assurance dans les mouvements (y aller à fond), moins on se fera mal ! Qui ne sait pas fait plus mal en tombant bêtement à l’arrêt ou à l’extérieur de la piste, par inattention ? Ces chutes-là ne font-elles pas plus mal que celles sur la glace après un saut abordé avec vitesse et confiance ?

Bien sûr les chutes qui font mal existent et peuvent être traumatisantes mais ce pourcentage est minime par rapport aux nombres d’heures d’entraînements que vous faites.

Et si vous avez vraiment peur de vous faire mal, il existe aujourd’hui un tas de protections adaptés en patinage pour les articulations et les fessiers (culotte de saut).

Alors raison de plus pour vous lancer !

*

CONCLUSION

Objectif : arriver à se détacher de la peur comme émotion renvoyant aux valeurs dites « négatives » ou mal vues par soi-même, la société, du fait de ce que l’on a appris inconsciemment depuis notre naissance

Prendre conscience du fait que la peur est une création de l’esprit et qu’elle n’est pas là pour avertir forcément du véritable danger. Ce dernier peut être perçu comme tel mais il n’en est rien. Le danger peut être potentiel voire inexistant.

Donc il s’agit de réévaluer concrètement chaque situation à sa juste mesure. En prenant du recul, en multipliant les tentatives de chutes pour se rendre compte de leur véritable impact. Et se rappeler aussi que l’entraîneur n’est pas là pour te juger mais pour t’aider à progresser, à faire de ton mieux à chaque séance. La chute fait partie de ce qu’il veut voir, du moment que tu appliques ses consignes, que tu tentes les difficultés. La chute est souvent signe de progression et t’amènera vers la réussite de l’élément. Elle est source d’apprentissage, aussi bien dans le patinage que pour ta vie. Elle te renforcera mentalement et te donnera davantage confiance. 

Et rappelle-toi, que le courage en patinage n’est pas l’absence de peur !

*

Après avoir lu cet article, évalue à nouveau ton niveau d’anxiété par rapport à la question de la chute et dis-moi dans les commentaires comment je pourrais t’aider à dépasser davantage ton anxiété vis-à-vis de la peur de tomber ou d’un autre problème !

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Merci!

A présent, tu es capable de répondre à ces questions ;

  • Pourquoi ai-je peur de tomber en patinage ?
  • La peur de tomber est-elle normale ? 
  • Comment retrouver confiance après une chute ?
  • Pourquoi la peur bloque-t-elle le corps ?
  • Comment progresser malgré la peur ?
  • Comment calmer son stress avant un saut ?

Pour l’amour de la glisse…




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Sources :

– « Peur », Dictionnaire Larousse en ligne, https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/peur/60046

– « Peur », Dictionnaire Robert en ligne, https://dictionnaire.lerobert.com/google-dictionnaire-fr?param=peur

– « Peur », Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, https://www.cnrtl.fr/definition/peur

– « Peur », Dictionnaire de l’Académie Française, en ligne, https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9P1874

– « Définition Peur », Psychologieshttps://www.psychologies.com/Dico-Psycho/Peur

– « Les circuits de la peur », Campus, Université de Genève, n°105, sept-nov.2011, https://www.unige.ch/campus/numeros/105/dossier4

– Institut du Cerveau : https://institutducerveau.org/

– « Bilan définitif de l’accidentalité routière en 2025 », 28 mai 2026, site du gouvernement, https://www.securite-routiere.gouv.fr/actualites/bilan-definitif-de-laccidentalite-routiere-en-2025

– CARIOU Gautier, « La peur mise à nu », Le Journal du CNRS, 29 juillet 20221, https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-peur-mise-a nu#:~:text=La%20peur%20se%20manifeste%20à,être%20verbalisé%20chez%20les%20humains

– DE VICENTE Mario, « A quoi sert la peur ? Pourquoi la ressentons-nous ?», CogniFit, 11 janvier 2017, https://blog.cognifit.com/fr/quoi-sert-la-peur/

– DEPAULIS Antoine, « Les neurones de la peur », Echosciences Grenoble, 22 juillet 2016, https://www.echosciences-grenoble.fr/communautes/atout-cerveau/articles/les-neurones-de-la-peur

– JACQUEMONT Guillaume, « La peur commence dans le nez », Pour la Science, 12 décembre 2013, https://www.pourlascience.fr/sd/neurosciences/la-peur-commence-dans-le-nez-11806.php

– JODELET Denise, « Dynamiques sociales et formes de la peur », Nouvelle revue de psychologie, 2011/2, n°12, pp.239-256. Mise en ligne sur cairn.info le 21/11/2011. https://shs.cairn.info/revue-nouvelle-revue-de-psychosociologie-2011-2-page-239?lang=fr

– MARTIN Matthieu, « Les raisons de nos peurs », Cerveau & Émotions, n°10, mars 2022, https://popsciences.universite-lyon.fr/le_mag/les-raisons-de-nos-peurs/#:~:text=Dans%20le%20cas%20de%20la,corps%2C%20le%20préparant%20à%20agir.

– MONNET Vincent et VOS Anton, Dossier « La peur, une alliée dangereuse », Université de Genève, https://www.unige.ch/campus/files/9414/7246/8219/campus105_dossier4_3DO.pdf

– PINTO Ana Margarida, « Ce qui se passe dans notre cerveau quand on a peur », The Conversation, 13 avril 2023, https://theconversation.com/ce-qui-se-passe-dans-notre-cerveau-quand-on-a-peur-203588

– SALTHUN-LASSALLE Bénédicte, « Les circuits de la peur », Pour la Science, 26 novembre 2010, https://www.pourlascience.fr/sd/neurosciences/les-circuits-de-la-peur-10773.php

– SEUGON Ayla, « La peur : définition, causes et symptômes », 22 septembre 2025 https://www.doctissimo.fr/html/psychologie/mag_2000/mag1020/ps_2765_kesako_peur.htm

– VAAS Rüdiger, « Les racines de la peur », Cerveau et psycho, n°2, 1er juin 2003, https://medias.cerveauetpsycho.fr/api/v1/files/5a82a56e8fe56f4a5943c835?alt=file






Une réponse à « Comment gérer la peur de tomber en patinage ? »

  1. Avatar de Dieter

    J’ai bien aimé cet encouragement au patinage, qui consiste en partie à surmonter les hésitations intérieures, pas seulement la peur de se faire mal en tombant, mais aussi celle du ridicule, et qui peut se faire en défocalisant, en changeant le rapport à soi et aux autres, et finalement aussi en renforçant notre propre estime et notre confiance.

    Concernant cette peur de tomber, j’ai pensé à mes premiers cours de judo, où j’avais sans doute appris ce qui était le plus fondamental et important. J’ai appris à tomber et à me laisser tomber sans me faire mal, et à me relever facilement. La glace sur laquelle on patine n’est pas un matelas de judo, mais je pense que le principe directeur de la démarche devrait être le même, pour pouvoir progresser plus vite et de façon plus sereine.

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